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Ce qui embarrasse le jugement que l'on porte sur les autres hommes, c'est que l'on en peut dire les choses les plus différentes. Car on a vu que chaque homme porte en lui la totalité de la nature humaine. Et de quel homme pourrait-on dire qu'il a achevé de réaliser tout ce dont il est capable ?

Chacun de nous est pétri de bien et de mal. Cela devrait nous conduire à être indulgent pour autrui et sévère pour nous-même. Car il s'agit pour nous de nous faire, et de nous accommoder seulement avec autrui. Dans le même sens, il ne faut jamais être offensé par la vérité que l'on nous dit et ne jamais offenser autrui par la vérité que nous lui disons.

Il n'y a de véritable communion entre les hommes que là où chacun est attentif aux qualités des autres et à ses propres défauts. Mais on prend presque toujours l'attitude inverse. C'est elle qui produit la haine. Il ne nous appartient pas de condamner les autres : ceux que nous sommes prêts à condamner portent en eux quelque infirmité, ils ont besoin surtout que nous les aidions. La sagesse commande d'éviter tous les rapports qui aigrissent et n'aident point. Quel que soit l'état d'âme où les autres se trouvent et l'état d'âme où nous nous trouvons il faut toujours être prêt à les comprendre et à les accueillir. L'important est de ne rien faire qui les décourage ou les diminue.

Il y a plus : on oublie toujours que l'homme qui est là devant nous est indivisible. On accepte, on estime certaines parties de lui-même. On rejette les autres, on les méprise, on voudrait les abolir. Mais cela n'est pas possible.

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