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Dans les relations les plus intimes que nous pouvons avoir avec un autre être, il subsiste toujours une part imperceptible d'accommodement. Autrement, nous ne serions plus deux êtres distincts. Mais il y a entre lui et moi une sorte d'engagement silencieux auquel ni l'un ni l'autre ne veut être infidèle. Puis-je jamais faire participer autrui à cette sincérité cynique où je vis avec moi-même quand je suis seul ? Je ne réussis pas toujours à l'obtenir quand il est loin. A plus forte raison n'est-elle pas tout à fait la même quand il est là. Mais il arrive que dans les moments les plus heureux elle ait plus de transparence ou de pénétration.

Si parfaite que soit notre amitié, je ne puis faire pourtant qu'il ne me faille quelquefois apprendre à supporter la présence d'un ami : il faut bien que souvent je sache me supporter moi-même. C'est déjà beaucoup que le sentiment que tout à coup il manifeste me surprenne parfois sans m'irriter. Mais si entre les êtres les plus confiants, les plus aimants, l'intimité n'est jamais sans ombre, c'est en elle qu'ils découvrent la source commune de leur existence et pour ainsi dire l'origine identique de leur être séparé. C'est là qu'ils apprennent à se connaître, à se vouloir et à s'aimer comme séparés. Et de cette séparation il ne faut pas médire car c'est elle qui leur permet de la vaincre et par conséquent de se connaître, de se vouloir et de s'aimer. Ainsi, elle est à la fois justifiée et surmontée. La haine ne retient que la séparation sans remonter jusqu'à son principe, mais la mort abolit la séparation. Elle établit une sorte d'intimité spirituelle entre tous les êtres. Car les morts cessent de lutter pour l'existence comme les vivants et ne connaissent plus d'eux-mêmes que leur pure essence.

Il ne faut point que l'amitié m'aveugle au point de ne rien vouloir changer dans celui que j'aime, mais il faut que ce soit comme je désire me changer moi-même, en y mettant toute ma bonne volonté, toute ma douceur et tout mon zèle.

L'intimité abolit l'esprit de dissension. Je ne cherche plus à l'emporter. Je ne fais appel à vous que pour que nous pénétrions ensemble dans un monde intérieur qui nous est commun. Chacun de nous à son insu doit être pour l'autre une lumière qui l'éclaire. Mais ceux, qui ont l'esprit de dissension n'apportent avec eux que leurs propres ténèbres.

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