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Dans la conduite que je tiens à l'égard d'autrui, il ne doit jamais s'agir d'un résultat que je cherche à obtenir, — ce serait asservir sa volonté —, ni d'une satisfaction momentanée qu'il peut me donner, — ce serait en faire une sorte de complice —, ni d'une pratique constante que je cherche à instaurer entre lui et moi, — ce serait le faire entrer avec moi dans un mécanisme trop bien réglé. Et même il s'agit toujours beaucoup moins de reconnaître une situation particulière dans laquelle nous sommes placés tous deux et à laquelle je dois répondre que de dépasser toutes les situations, d'atteindre à travers elles son essence éternelle, c'est-à-dire d'accomplir à son égard cet acte de présence pure, toujours identique et toujours nouveau, dont la découverte miraculeuse de notre commune existence dans le monde est seulement l'occasion qui le suscite.

Mais cette présence réelle qui est celle de sa seule essence en fait aussitôt pour moi une sorte d'ange ou un génie, c'est-à-dire déjà un esprit pur. Il ne l'est point tout à fait tant que je vois son corps qui n'est qu'une apparence dans laquelle sa volonté s'embarrasse comme la mienne et qui ne cesse de le trahir. Peut-être même faut-il reconnaître qu'il ne le deviendra vraiment que quand il sera mort. Or, je puis oublier les morts, je puis les regarder encore comme des vivants, dont la seule image continue à m'importuner. Mais il arrive aussi qu'ils aient pour moi une présence si désintéressée et pourtant si actuelle que je croie faire partie avec eux du même univers spirituel. Telle est l'impression que l'on éprouve toujours en présence de quelqu'un que l'on a aimé et avec qui la mort semble nous donner une communication plus parfaite et plus pure. Il est vrai que les préoccupations de la terre nous reprennent vite. Du moins cette expérience nous apprend-elle que les rapports les plus profonds que je puis avoir avec un autre homme ne sont pas seulement, comme on le croit, des rapports temporels que je voudrais éterniser, ce sont des rapports que j'ai déjà dans le temps avec son être éternel, mais que son apparence corporelle m'empêche souvent de saisir. N'est-ce pas dire que je me le représente alors comme s'il était déjà mort, ou plutôt que la mort n'aura sur lui aucun empire et qu'elle est seulement comme on le voudra une transparence ou une purification, un accomplissement ou une culmination de sa vie.

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