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Le monde qui nous entoure est un miroir où notre nature se reflète. Il dessine à sa surface l'intérêt même que nous prenons aux choses. Il nous montre des reliefs et des creux qui figurent l'image de nos désirs, la grandeur et les limites de nos différentes puissances. Dans ce monde l'existence des corps est l'effet et la mesure de notre imperfection, loin que l'imperfection soit un effet de l'existence des corps. C'est sur ce monde que les regards de tous les hommes se dirigent et se croisent. Mais il est en même temps le lieu d'une épreuve qui leur est commune.

Il n'y a rien de plus extraordinaire que cette apparente découverte des modernes, qui se montre si paradoxale et qui paraît si commune, qu'il faut que le moi se replace d'abord dans le monde. Car il n'y a jamais personne qui l'ait nié. Il n'y a jamais eu d'idéaliste assez aveugle ou assez fanatique pour avoir voulu se placer au-delà du monde ni enfermer le monde dans son esprit. Mais ce que l'on méconnaît aujourd'hui, c'est la plus grande acquisition de la réflexion humaine, c'est que le monde a une signification intérieure et que cette signification, nul ne peut la découvrir que dans son esprit et par un acte de son esprit.

Il y a des hommes, il est vrai, dont on pourrait croire qu'ils appartiennent à peine à l'humanité et qu'ils laissent aux autres le soin de vivre sur la terre, afin de porter seulement en eux la conscience de l'humanité, de la terre et de la vie. Toutes les actions que les autres accomplissent demeurent chez eux à l'état d'idées, c'est-à-dire de puissances pures : il leur suffit d'en prendre possession et d'en éprouver le jeu. Dira-t-on qu'ils se sont retirés de l'existence ? Mais ce sont eux qui lui donnent sa signification et son prix ; ils ont su en capter l'essence et l'on peut dire que les autres hommes leur empruntent cette lumière spirituelle sans laquelle l'existence ne serait que celle du corps et qui les rapproche toujours davantage à la fois d'eux-mêmes et de Dieu.

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