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Cependant l'animalité agit toujours dans l'homme qui ne cesse de conquérir sur elle son existence éternelle. Ainsi il importe de ne point trop rabaisser l'animal qui est en nous. Il y a même une sauvagerie de la vie à laquelle il n'est pas mauvais parfois de s'abandonner. C'est elle qui donne à l'âme sa puissance. Il convient, non pas de l'étouffer — où trouverait-on une autre force pour lutter contre elle ? — mais de la transfigurer pour la changer en un élan spirituel.

Sans doute l'homme d'action, que l'instinct de dominer ne cesse de pousser et la possession du monde d'attirer, n'est souvent rien de plus qu'un animal de proie que l'on peut placer, si l'on veut, au sommet de l'échelle animale, mais qui pour l'esprit est toujours un moyen et non point encore une fin. Dans un autre homme il ne trouve qu'un gibier auquel il fait la chasse. Il arrive il est vrai qu'il y ait plus d'union entre le gibier et le chasseur qu'entre le gibier et son protecteur, qui sont entre eux comme des étrangers et ne se rencontrent que pour se mépriser.

Mais la vérité, c'est qu'on observe à l'intérieur de l'espèce humaine toutes les relations que les différentes espèces animales ont entre elles ; des êtres qui se repoussent et d'autres qui s'attirent dès le premier contact et sans que la raison ni le choix y soient pour rien. Ce sont là des rapports que l'on peut adoucir, fortifier, gouverner et parfois convertir, mais jamais abolir. Il y a parmi eux des chiens et des chats, des oiseaux et des serpents. On peut les amener à vivre et même à jouer ensemble dans une sorte de société domestique. Mais leurs réactions les plus immédiates ont beau être masquées et retenues, à la première crise elles éclatent. Et la difficulté est moins de les abolir que de les convertir. C'est le propre de l'esprit d'en changer le sens, de ne point s'arrêter aux différences naturelles, mais de pénétrer jusqu'à la vérité et l'erreur, au bien et au mal, à la beauté et à la laideur dont elles sont les instruments plutôt que les marques. Car de chacune d'elles il est possible sans doute de faire un bon ou un mauvais usage. Et en tout homme, c'est cet usage bon ou mauvais de ce qu'il est par nature qu'il faut aimer ou repousser.

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