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Rappelons d'abord que la charte constitutive de cette Critique métaphysique comprend deux articles – ouvertement professés par Aristote :

Article premier : la nécessité d'une affirmation absolue de tout objet, c'est à dire la vérité absolue du premier principe (principe d'identité) dans son application à tout contenu de conscience.

La valeur absolue du premier principe ne se démontre pas : elle se constate. Elle ne se démontre pas, car le principe premier de toute démonstration ne saurait être démontré : ἀποδείξεως γὰρ ἀρχὴ οὐκ ἀπόδειξίς ἐστιν (Métaph. III. 6. Didot, t. II, p. 511. 41). Mais elle se constate comme une nécessité primordiale de nature, puisque ceux-là même qui affectent de n'être pas convaincus de la vérité absolue du premier principe, trahissent malgré eux cette conviction dans leurs actes : ἐπεὶ ὅτι γε οὐ πεπεισμένοι εἰσί, φανεροί εἰσὶν ἐν ταῖς πράξεσιν . (Ibid. p. 511. 39) [1]

Or, la vérité absolue du premier principe implique une affirmation absolue d'être, ou ce qui revient au même, la position absolue de l'objet (voir ci-dessus, p. 30) ; et par contre, le sacrifice du premier principe entraînerait la totale relativité de l'être : en effet, omis le premier principe, entendu en un sens absolu, il ne reste que l'affirmation instable de l'apparence, de l'apparence essentiellement relative (πρὸς τί) : ὥστε ὁ λέγων ἅπαντα τὰ φαινόμενα εἶναι ἀληθῆ ἅπαντα ποιεῖ τὰ ὄντα πρὸς τι (Ibid. p. 511. 49 [2].

La réalité absolue de l'être apparaît donc inséparable de la vérité absolue du premier principe : poser l'une, c'est poser l'autre.

Article second : le triage de l'objet métaphysique, ou de l'être, sous la norme du premier principe. En d'autres termes, la diversification de l'affirmation ontologique selon les rapports logiques de son contenu.

Ce second article, dans la pensée des Anciens, suppose le premier : l'usage normatif du premier principe ne se peut disjoindre de son usage absolu. Une fois reconnue l'appartenance de tout contenu de conscience à l'unité absolue de l'être, il faut donc encore réduire en système les modes multiples de cette appartenance, sans préjudice de la loi fondamentale d'identité ou de contradiction. En effet, l'unité de l'être ne transparaît pour nous qu'à travers une diversité qui la morcelle : τὸ ἁπλῶς ὄν κατὰ πλείους λέγεται (Métaph. X. 8. Didot, 593. 15). Sous peine de ruiner le premier principe, les acceptions diverses de l'être doivent s'harmoniser entre elles dans la plus parfaite cohérence logique.


  1. Nous avons rappelé cette démonstration d'Aristote en parlant, ci-dessus, du scepticisme antique. Cf. pp. 6, 7. ↩︎

  2. Nous retrouverons cette démonstration plus développée chez S. Thomas. Voir notre Cahier V. ↩︎

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