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Telle est cette doctrine où la volonté et l'amour ne se distinguent que pour être capables de s'unir. L'amour, c'est la volonté quand elle est droite, mais il faut qu'elle puisse gauchir, sans quoi elle ne mériterait pas le nom de volonté ; et sans cette présence de la volonté au cœur même de l'amour, notre responsabilité et notre personne même seraient abolies. Il y a donc en nous une véritable « monarchie » de la volonté. Il semble que Dieu ait dit à la volonté ce que Pharaon dit à Joseph : « Tu seras sur ma maison ; tout le peuple obéira au commandement de ta bouche ; sans ton commandement, nul ne remuera. » Mais la volonté change de qualité selon l'amour qu'elle épouse. Car il y a une unité de l'amour qui va de l'homme à Dieu, et du sensible au spirituel. Dès lors, il est juste que nous aimions même nos corps, en tant qu'ils sont une partie de notre personne et qu'ils sont la condition de notre vie spirituelle. Et nos inclinations naturelles ne doivent pas être contredites, mais sublimées. Or si « l'amour divin est le puisné entre toutes les affections du cœur humain, car, comme le dit l'Apôtre (I. Cor. XV, 46), ce qui est animal est premier et le spirituel après », ce puisné hérite toute l'autorité et non seulement tous les autres mouvements de l'âme l'adorent et lui sont soumis, mais aussi l'entendement et la volonté. Ainsi, c'est un bon signe quand la vertu accomplit notre nature, au lieu de la contraindre. Car ce sont toujours les inclinations naturelles qu'elle prend comme instruments et qu'elle transfigure. Aussi voit-on saint François de Sales utiliser toujours des comparaisons empruntées à la nature pour symboliser les mouvements de la grâce, car ceux-ci s'amorcent, pour ainsi dire, en elle, où commence la remontée de l'âme vers Dieu, — bien différent en cela de saint François d'Assise, pour qui la création nous découvre immédiatement le visage sensible de Dieu, la bonté infinie et omniprésente de l'acte créateur.

Cependant s'il y a continuité entre l'amour humain et l'amour divin, nous savons toute la distance qu'il y a entre aimer Dieu à travers un amour humain et aimer un être humain à travers l'amour de Dieu, entre aimer Dieu à cause de soi et s'aimer soi-même à cause de Dieu et comme l'image de Dieu. L'amour est comme le retour à la source même de l'existence. Il est la perfection de notre volonté, le point où cette volonté culmine et disparaît dans la volonté divine. « Notre franc arbitre n'est jamais si franc que quand il est esclave de la volonté de Dieu, comme il n'est jamais si fier que quand il sert notre propre volonté : jamais il n'a tant de vie que quand il meurt à soi-même et jamais il n'a tant de mort que quand il vit à soi. » Aussi ne doit-on pas s'étonner que la volonté, en se produisant elle-même, doive s'appliquer à produire l'amour, qu'elle n'ait jamais d'autre tâche qu'amasser en elle de l'amour, qu'elle ne doive rien faire que par amour, que le travail et la mort elle-même doivent procéder de l'amour. Mais comment la volonté produirait-elle l'amour si elle ne le recevait pas à la manière d'une grâce ? Il est un autre nom de la grâce elle-même à laquelle la volonté doit seulement consentir. La volonté est l'unique chemin qui nous conduit de la nature à la grâce. Aussi est-il facile de comprendre que l'amour puisse être défini comme « le poids de chaque chose », qu'il soit toujours doux et sans effort, spirituel, tranquille et invisible, et que la loi ne soit point « mise aux justes », comme le dit saint Paul : car ils ont l'amour. C'est que l'amour veut être roi ou rien. Il ne connaît pas de forçats ni d'esclaves. Il est cette infinité à posséder qui nous dépasse toujours, et qui doit être en nous une source d'admiration et non point d'inquiétude. Et c'est pour cela que nous devons tressaillir de joie chaque matin en pensant que nous avons encore un jour pour aimer Dieu. Mais « les nuits sont comme des jours quand Dieu est dans notre cœur et les jours sont comme des nuits quand il n'y est point ».

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