Aller au contenu
skepvox

C’est dans le rapport du sujet psychologique, du sujet transcendantal et du sujet absolu que le moi se constitue. Il ne peut se constituer que par un acte libre, un acte dont il faut dire qu’il est la participation du sujet absolu dans lequel il puise cette initiative qui fait de lui le premier commencement de lui-même, mais qui l’oblige, pour être, à se déterminer, c’est-à-dire à s’incarner dans le sujet psychologique. Telle est la raison pour laquelle la liberté n’est point au niveau du moi psychologique, dont on comprend bien, quand on l’examine seul, qu’on le soumette aux lois du déterminisme : ce que font naturellement les psychologues et les caractérologues. Mais le moi est sans cesse en question, et la liberté est toujours au-dessus de lui. Elle est indéterminée comme le sujet transcendantal, sa puissance de se donner l’être à elle-même remet sans cesse sur le métier le moi psychologique et ne se solidarise jamais avec lui, bien qu’elle ne puisse se passer de lui, de telle sorte qu’il lui fournit les conditions sans lesquelles sa liberté resterait à l’état de virtualité pure, et telles que ce soit précisément en elles qu’elle doive se réaliser. Ces conditions n’ont pas été choisies par la liberté, qui, si elle pouvait les choisir, ne serait pas limitée par elles et ne se distinguerait pas de l’acte pur. Ce sont les conditions générales inséparables d’un ordre spatio-temporel qui permettent à toutes les libertés de s’exercer en demeurant à la fois distinctes les unes des autres, et sans rompre l’unité du monde. C’est ce problème que la dialectique platonicienne et la dialectique kantienne ont tâché d’expliquer, en montrant, soit par le mythe, soit par une hypothèse verbale, que chaque être particulier choisit lui-même sa propre essence, ou, si l’on veut, son caractère intelligible. Ce qui fait de ce choix un pur mystère. Car nous ne savons pas au nom de quel principe il pourrait être fait. Disons seulement que, bien qu’il y ait souvent des conflits au moins apparents entre notre liberté et notre nature, il y a pourtant entre elles aussi une correspondance singulière, tantôt parce que notre liberté se complaît dans sa nature, tantôt parce qu’elle trouve en elle l’épreuve dont précisément elle a besoin. De telle sorte que, si on comprend mal comment nous avons pu choisir notre nature, on peut se demander si, dans le tréfonds même de sa sincérité, aucun être choisirait aujourd’hui une autre nature que celle qui précisément est la sienne. Mais la question est seulement de savoir comment la liberté se comporte avec la nature, le parti qu’elle en tire, le choix qu’elle fait en elle, la manière dont elle lui cède, dont elle lui résiste, dont elle la réforme. C’est la matière dont elle ne peut se passer ; c’est aussi la trace et l’effet de son action qui, autrement, ne trouverait pas à s’exercer.

Supprimer le surlignage