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skepvox

La coïncidence et l’écart entre la perception et l’objet se trouvent assez bien représentés par ce caractère de la perception d’impliquer une perspective, et de l’objet d’être le point de convergence de toutes les perspectives possibles.

La perception étant toujours la perception d’un individu suppose cet individu lui-même comme centre de la perspective dans laquelle l’objet est saisi. Telle est la raison pour laquelle la perception paraît toujours avoir un caractère subjectif, par lequel il semble qu’elle ajoute à l’objet lui-même une sorte de dimension qui exprime sa relation avec le sujet, et qu’elle paraît en même temps plus pauvre que l’objet, puisque le propre d’une perspective c’est de ne nous représenter qu’une face de l’objet et de cacher toutes les autres (ici on peut remarquer que la description que nous faisons de la perception est empruntée à la représentation visuelle du monde, qui nous fournit l’origine et le modèle de toute connaissance de l’univers extérieur et des rapports qu’elle implique entre le sujet connaissant et l’objet connu). Cependant, le propre de l’objet, c’est d’être indifférent à la perspective, mais d’être en même temps le point de convergence de toutes. Cet objet apparaît comme infiniment plus riche que le contenu de chaque perspective ; mais on trouve en lui à la fois tout ce que ces perspectives particulières nous permettent de discerner en lui par analyse. Cependant, un tel objet, qui est étranger à toute perspective, est aussi étranger à toute perception. En tant qu’il est une chose hors de la conscience, il n’est possible ni de se le représenter, ni de le penser. L’effort que fait la pensée pour l’atteindre nous le livre sous la forme de l’idée. Mais pour réaliser le passage de la perception à l’idée, il faut passer par l’intermédiaire du souvenir, qui, détachant la perception de l’objet, nous met en présence d’un pur pouvoir de l’esprit actualisé par une expérience antérieure et qui peut désormais s’exercer sans avoir besoin d’y recourir.

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