La réflexion nous affranchit du temps : elle est, dans le temps, au point de rencontre de l’aller et du retour et génératrice du temps lui-même.
Que la réflexion soit en dehors du temps, non point en tant qu’acte de la vie psychologique, mais par sa signification et sa portée, cela apparaît déjà si l’on se rend compte qu’elle est une interruption de la vie temporelle et qu’elle met celle-ci en question afin précisément de l’examiner, et, s’il y a lieu, de la réformer. Ainsi, les démarches de la réflexion ont beau être engagées dans le temps, la réflexion nous transporte dans un monde qui est indépendant du temps ou qui peut prendre le temps lui-même pour objet. On peut le montrer autrement, en disant que la réflexion suppose toujours une régression dans le temps, mais qui devance une progression qui la recouvre, de telle sorte qu’elle parcourt l’ordre du temps dans les deux sens et qu’elle consiste justement dans la superposition de cet aller et de ce retour. Ainsi elle abolit le temps, mais elle l’engendre aussi, s’il est vrai qu’il n’y a de temps que pour celui qui en remonte ou qui en descend le cours, et qui se rend compte, précisément, que ce temps a deux versants dont la réflexion occupe le faîte.