Le moi pur, en m’élevant au-dessus de ma perspective individuelle dans le monde, me permet de penser les autres sujets particuliers et, jusqu’à un certain point, de les imaginer et de les contenir.
Le moi pur n’est pas seulement en corrélation avec un monde d’idées qui s’offrent à lui comme autant d’objets intellectuels inépuisables eux-mêmes, comme le sont les objets sensibles pour le moi psychologique. Il ne renferme pas en lui seulement la possibilité de penser toutes les idées, il renferme aussi la possibilité de devenir tous les sujets particuliers, non seulement par un acte de l’imagination qui le conduirait à une sorte d’objectivation des autres sujets, mais encore par une sorte de réalisation intérieure, dans sa propre conscience, de tous les possibles inemployés qui lui permettent, par une opération qui est la seule forme de connaissance que nous puissions appliquer à autrui, de les devenir, en demeurant jusqu’à un certain point pourtant nous-même.