Mais le monde sensible remplit aussi l’intervalle qui sépare le moi psychologique du moi pur.
Le monde sensible se présente à chaque conscience sous une forme proprement individuelle, en rapport non pas seulement avec mon organisation physiologique, mais aussi avec mon passé et même avec ma situation à chaque instant. Mais je ne puis rendre compte, par ce qui vient de moi, que de l’aspect sous lequel le monde se présente à moi, de ce que j’appelle proprement la perspective à travers laquelle je le regarde, et non pas de son contenu, c’est-à-dire de ce qu’il offre en effet à ma connaissance. Ce contenu me dépasse toujours : il est la mesure de ma passivité à l’égard du monde. Il remplit l’intervalle qui sépare mon moi psychologique du moi qui percevrait les choses telles qu’elles sont et non point dans leur rapport avec son corps, c’est-à-dire qui ne connaîtrait d’elles que leurs idées.