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skepvox

Par la réflexion, nous saisissons l’activité de notre esprit ; par la méthode, nous la mettons en œuvre, afin d’instaurer un ordre dans nos pensées et dans nos actions.

Tel est le sommet jusqu’où peut monter la réflexion. Après il faut redescendre, c’est-à-dire penser et vivre. Ici intervient la méthode, dont le rôle est si l’on peut dire d’utiliser le temps au lieu de le subir, de substituer à l’ordre des événements qui s’impose à nous malgré nous un ordre choisi et voulu par lequel se marquent les exigences intérieures de notre conscience, mais aussi notre intervention originale dans le monde, c’est-à-dire notre existence même dans son rapport avec le monde, en tant que notre existence n’est rien si elle n’est pas capable de le comprendre et de le modifier. Le temps est donc l’instrument à la fois de notre asservissement et de notre libération. On pourrait dire il est vrai que le moi pourrait se contenter, pour affirmer son indépendance, de troubler l’ordre du monde par des irruptions soudaines et sans lien. C’est ce que l’on observe dans une liberté qui cherche à faire preuve d’elle-même dans des démarches négatives et par lesquelles elle porte témoignage dans le monde contre le monde même. Mais entre ces irruptions discontinues, elle se renonce elle-même ; ou bien il faut qu’elle se retrouve jusque dans la relation qui les unit. Même si elle croit triompher du monde sur ce point et dans l’instant où elle s’exerce, ce qui n’arrive pas, c’est le monde même qui triomphe d’elle dans tous les autres instants et sur tous les autres points. La méthode est donc le seul moyen que nous ayons, d’une part, d’assurer à notre esprit une application continue, c’est-à-dire de le rendre maître de lui-même, et de lui permettre, d’autre part, au moins potentiellement, de s’égaler, comme Descartes l’avait bien vu, à la totalité du monde. On remarquera que la méthode est intellectuelle et volontaire à la fois, qu’elle instaure un ordre entre nos pensées, mais que cet ordre entre nos pensées ne peut pas être séparé d’un ordre entre nos actions, avec cette réserve pourtant que la méthode n’a point pour objet de recréer le monde soit par la pensée, soit par l’action, mais de répondre aux sollicitations de l’événement, c’est-à-dire de résoudre les problèmes qui nous sont proposés par les circonstances mêmes où nous sommes placés, selon certaines règles dont nous pouvons disposer toujours. Enfin, il convient d’observer que si le propre de la réflexion est de nous mettre en présence d’un premier terme où nous prenons, pour ainsi dire, possession de l’activité de notre esprit, le propre de la méthode, c’est de la mettre en œuvre de telle manière qu’elle puisse engendrer la connaissance et diriger la conduite. Aussi faut-il dire, malgré le paradoxe, que si la réflexion est une démarche ascendante de l’esprit destinée à nous établir dans la source même de la pensée, la méthode est une démarche descendante dans laquelle cette pensée elle-même répond à tous les problèmes que l’existence lui pose.

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