Il y a dans la philosophie une exigence de vérité qui ne peut être satisfaite que par une expérience intellectuelle.
De même, la philosophie ne peut pas se contenter d’exprimer les vœux de la sensibilité qui sont souvent confus et incertains, qui enferment une sorte d’hypothèque sur l’avenir, et risquent de nous décevoir même quand ils sont satisfaits. Il faut qu’elle m’établisse dans la vérité de moi-même et du monde, une vérité qui force mon assentiment et l’assentiment de tous, qui règle mes désirs au lieu d’y répondre. Il faut donc qu’elle ait un caractère de nécessité. Non pas que cette nécessité soit inévitablement celle du raisonnement, bien que le raisonnement la confirme et l’explicite ; c’est une nécessité plus primordiale et plus profonde, celle d’une expérience toujours disponible et à laquelle il est impossible d’échapper. Cette expérience n’est point immédiate : elle a toujours besoin d’être retrouvée et approfondie. C’est là la besogne du philosophe, qui la propose sans cesse à d’autres, pour qu’ils l’obtiennent à leur tour. Nul ne la possède qui ne puisse la perdre. Mais elle ne peut être commune à tous et s’imposer à chacun que parce qu’elle est une expérience vraie. Or l’expérience de la vérité ne peut être qu’une expérience intellectuelle. Il n’y a point d’autre philosophie que l’intellectualisme.