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Si, à travers les affirmations de la foi, nous essayons de découvrir la véritable doctrine philosophique de saint Augustin sur les rapports de l’éternité et du temps, nous verrons qu’elle dépasse singulièrement en profondeur et en beauté celle que Plotin lui avait transmise. Le christianisme lui a permis de faire de notre vie elle-même un drame dont l’éternité est l’enjeu. Nul n’a eu un sentiment plus vif et plus émouvant que saint Augustin d’une éternité qui n’est point au delà du temps, mais dans laquelle le temps tout entier ne cesse de baigner. Dieu n’est pour lui ni en arrière de nous, comme le principe mystérieux dont nous serions depuis longtemps séparé, ni en avant de nous, comme un idéal lointain que nous ne pourrions jamais atteindre. Il est un pur aujourd’hui qui ne connaît point d’hier ni de lendemain : hodie facies, hodie fecisti. Sans lui le temps lui-même serait incapable de se soutenir. « Comment y aurait-il un écoulement, s’il n’y avait pas un perpétuel aujourd’hui ? Comment les créatures pourraient-elles passer s’il n’y avait pas une éternité pour les contenir ? »

Mais nous-même nous ne quittons point le présent ; seulement le présent où nous vivons n’est qu’un passage dans lequel s’exerce notre libre arbitre, qui est le véritable créateur du temps et de l’histoire ; or ce passage subsiste éternellement dans le présent divin. Et si le Dieu de saint Augustin passe lui-même dans l’histoire, c’est afin que l’histoire tout entière puisse passer en lui. Ainsi saint Augustin est infiniment plus près de nous que des anciens : ceux-ci prétendaient nous libérer du temps par l’exercice de la pensée ; ils nous proposaient une conversion mentale qui ne laissait subsister du monde que des rapports nécessaires entre des essences devant lesquelles la conscience personnelle devait s’effacer. Pour les modernes, le réel est une histoire fondée sur des actes de liberté ; toute conversion a une signification morale ; la personnalité se forme peu à peu dans le temps ; et l’éternité, au lieu de la détruire, l’accomplit.

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