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Au moment où le monde subit de si grands ébranlements, où les nations changent de figure, où les sociétés cherchent un équilibre nouveau, où, dans chaque individu, l’humanité tout entière s’interroge sur son propre destin, c’est, semble-t-il, appliquer son esprit à un objet bien menu que de chercher à définir l’essence de la parole et celle de l’écriture. Est-ce rien de plus qu’un divertissement destiné à nous permettre d’oublier nos soucis ? Une sorte de fuite de la réflexion qui, au lieu de faire face avec courage à ses tâches les plus pressantes et les plus viriles, choisit le thème le plus frivole où rien ne puisse troubler ses complaisances dans son propre jeu ?

Mais la parole et l’écriture sont les instruments par lesquels les hommes se communiquent leurs pensées : c’est par elles qu’ils agissent les uns sur les autres, qu’une idée, qu’un désir, nés dans le secret de quelque conscience et qui n’étaient en elle que de timides possibilités, s’en échappent tout à coup, acquièrent on ne sait quelle subtile réalité qui s’insinue dans d’autres consciences, où elle produit un mouvement mystérieux qui entraîne aussi les corps. Or c’est dans les périodes les plus troublées et les plus violentes que leur action est la plus puissante et risque, par l’abus même qu’on en fait, de nous laisser oublier leur destination première et leur divine origine. Il appartient alors aux âmes les plus fermes, qui sont libres de toute passion, de retrouver leur usage pur. C’est par la parole et par l’écriture que les hommes réussissent à capter tous ces éclairs secrets qui traversent chaque conscience, pour en faire une atmosphère de lumière qui est commune à toutes. C’est par elles que le sceau de chaque solitude se trouve rompu et le fossé qui sépare les différentes solitudes traversé. Elles donnent un corps à l’invisible et dévoilent le mystère de l’être spirituel, sans altérer pourtant sa nature, qui n’est ni dans le son ni dans la lettre, mais dans le sens, que le son et la lettre retiennent, mais sans le livrer.

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