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Toute connaissance doit posséder une fraîcheur et une nouveauté perpétuelles, une innocence toujours renaissante ; sans quoi le contact de notre esprit avec le réel cesse d'être senti. Elle doit nous découvrir l'univers à chaque instant comme si elle nous faisait assister à sa genèse. Celui qui rencontre la vérité, au lieu de continuer à se mouvoir dans le cercle fermé de ses rêves, regarde tout à coup ce qui est devant lui et croit le voir pour la première fois. Le monde ne lui apporte plus que des connaissances familières qu'il lui semble avoir eues toujours et qui pourtant ne cessent d'éclore.

Souvent les souvenirs voilent et obscurcissent notre connaissance, au lieu de la servir. Ils ôtent au regard sa clarté et sa pénétration : ils sont semblables à des images qui recouvriraient déjà la rétine au moment où elle accueille la lumière du jour. Mais les choses retrouvent leur parfaite nudité dans l'esprit pur : c'est leur spiritualisation qui les rend sans cesse naissantes ; c'est elle qui nous donne l'incomparable émotion de les connaître déjà et pourtant de les découvrir.

C'est qu'il n'y a de connaissance que lorsque l'intelligence s'exerce ; or l'intelligence est en nous, mais vient de plus haut que nous : elle produit toujours en nous une nouvelle révélation. Nous pouvons nous ouvrir plus ou moins à son action, mais cette action est toujours pour la conscience qu'elle surprend aussi jeune que le premier jour, comme la lumière pour le regard.

On dit parfois que l'on sait bien une chose quand on ne la sait pas encore assez bien pour pouvoir l'exprimer. C'est qu'alors elle est encore si vivante qu'elle ne peut point se détacher de nous, qu'elle n'est point encore un objet qui va de main en main et que tout le monde est capable de prendre ou de laisser.

Nulle connaissance ne s'obtient en apprenant un savoir déjà formé ; ce n'est là que l'ombre de la connaissance véritable. C'est un caillou sur le chemin : on le trouve et on le met dans la collection ; mais c'est aussi l'obstacle contre lequel on bute. La connaissance est elle-même le chemin : et les plus modestes ont encore à le suivre, les plus grands à le tracer.

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