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Il n’y a que la connaissance qui, en droit, enveloppe tout ce qui est : il n’y a que d’elle que l’on puisse dire qu’elle contient tout comme la lumière qui, elle aussi, est indifférente à ce qu’elle éclaire. Elle est donc universelle par destination et il ne faut pas demander à l’homme d’apprendre à se connaître, mais à connaître ce monde où, loin d’être lui-même un objet parmi tous les autres, il n’est rien, sinon cet acte de la connaissance qui a le monde pour objet et non pas lui-même.

Mais toute connaissance doit aller du dehors au dedans, bien que pour la plupart des hommes elle s’arrête à l’objet, c’est-à-dire au dehors. Ainsi, pour le savant, il n’y a pas de dedans : la réalité se réduit à une apparence qui se montre. Il ne connaît des choses que leur forme manifestée ; il ne pense qu’à leur retirer cette intime initiative qui les fait être afin de calculer l’ordre selon lequel elles agissent les unes sur les autres, qui lui donne prise sur elles et lui permet de s’en servir. Au-delà de toutes ces relations toujours identiques entre des événements toujours différents, il y a ce que les mailles de ce fin réseau sont incapables de retenir, c’est-à-dire la réalité elle-même, qui s’impose à moi dans le présent, avec sa qualité propre, sous une forme unique et irrecommençable. Elle dépasse toujours la science qui la cerne de toutes parts sans parvenir à la saisir.

Avec la connaissance des êtres, et non pas des choses, il en va tout autrement. Le dehors n’est pour moi qu’un signe. Les gestes, la physionomie ne sont que des témoignages : mais je ne m’intéresse qu’à leur signification. Les lois de la science me laissent impuissant à l’égard de l’individu qui est devant moi, qui est le seul objet de mon attention et dont je sais qu’il est soumis à ces lois, mais non point comment il diffère des autres individus qui leur sont soumis comme lui. Or, ce que je cherche en le regardant, ce ne sont pas les influences qu’il subit sans les dominer et qui expriment ce qu’il n’est pas, plutôt que ce qu’il est, mais ce libre pouvoir qu’il exerce, parfois sans le soupçonner, et sans lequel je le relègue au rang des choses, en cessant, dans les deux acceptions que je donne à ce mot, de le considérer.

Cette règle que l’on applique dans la connaissance des autres hommes, qu’il ne faut jamais s’arrêter ni aux paroles ni aux actes, mais aller toujours jusqu’aux significations et aux intentions, nous montre bien où nous devons chercher partout la véritable réalité : en toutes choses, comme ici, elle réside dans l’intimité et la spiritualité dont nous voyons seulement l’apparence, qui souvent nous les dissimule et qui nous suffit presque toujours.

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