Aller au contenu

La véritable simplicité est invisible. Elle est toute pureté, toute transparence. Elle seule abolit la différence entre l’être et l’apparaître. Grâce à elle, les choses les plus difficiles deviennent les plus naturelles. La plupart des hommes ne songent qu’à imprimer sur le monde une marque ou un témoignage de leur passage. Mais toutes les apparences périssent : et celui qui, par souci de se donner en spectacle à autrui, ne songe qu’à agir sur elles, périt aussi avec elles. La simplicité ne connaît qu’un monde tout intérieur, elle ne regarde jamais vers le dehors. Le plus beau, selon le Tao, ce n’est pas de faire de grandes choses, ni de donner une grande image de soi, c’est au contraire de ne laisser aucune trace dans le monde des apparences, ce que l’on peut interpréter en disant que c’est ne plus faire aucune ombre et garder l’intégrité de son être pur.

Les hommes sentent presque toujours que le bien doit être semblable à un ordre retrouvé, qui est invisible et ne se remarque pas. C’est une sorte d’équilibre spirituel où chaque chose occupe la place qui lui appartient et qu’aucun désir, aucun regret, aucun mouvement issu de l’égoïsme ou de la haine ne viennent plus altérer. Mais les hommes se complaisent à être vus. Ils croient se relever en violant l’ordre, au lieu de le confirmer. Et, même s’il faut pour cela devenir méchant ou pervers, beaucoup à qui il n’est pas possible de l’être, aiment à s’en donner l’air.

L’action la plus efficace, qui est aussi la plus généreuse, possède une silencieuse nécessité, déjoue et passe tous les calculs. Cette activité qui est, pour ainsi dire, sans mouvement et sans objet, qui fait tout et que l’on conteste, que l’on déclare impossible et que l’on empêche ainsi de naître, les hommes les plus sages et les plus forts n’ont besoin ni de la défendre, ni de la décrire ; leur rôle est de l’exercer et de la faire paraître au jour.

C’est dans le silence et la solitude que toutes nos puissances naissent et s’éprouvent. L’arbre nourrit de sa sève tous les fruits qu’il pourra porter : mais il les ignore ; ce n’est pas à lui qu’il appartient de les voir, ni de les goûter.

Supprimer le surlignage