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Toute action nous traduit et nous trahit à la fois. Elle est l’expression et l’apparence de notre être le plus profond. Mais elle en est aussi l’épreuve. Et nous ne devenons tout à fait nous-même que là où nous sortons de nous-même pour agir, là où nous quittons le domaine de la virtualité pure pour prendre une place dans le monde et y revendiquer une responsabilité.

On est déjà responsable de ses pensées. Car comme il y a un intervalle entre l’intention et l’action, il y a aussi un intervalle entre l’intention et la pensée d’où elle procède, de telle sorte que la responsabilité peut toujours être reportée plus haut. Elle a sa source la plus profonde au point même où la conscience commence à se former. Mais elle s’accuse de plus en plus à chacune des étapes de ce progrès ininterrompu par lequel elle met en jeu des moyens qui la réalisent et prend un corps qui la rend manifeste à tous les yeux. Or, puisque le propre de la responsabilité, c’est de me séparer du monde afin de m’obliger à en assumer la charge, je suis en quelque manière responsable à la fois de ce que vous pensez et de ce que vous faites, de telle sorte que la responsabilité devient toujours plus subtile et qu’aucune limite ne peut jamais lui être assignée.

Il n’y a point d’acte frivole ou insignifiant, c’est-à-dire qui n’engage notre responsabilité, et l’ordre tout entier de l’univers spirituel. Il ne faut donc pas s’étonner que cette responsabilité rencontre toujours des résistances, sans lesquelles elle ne pourrait pas naître, et ne permettrait pas à notre action de nous appartenir, c’est-à-dire de se détacher de la spontanéité et de l’instinct. Mais ces résistances, c’est en nous-même que nous les trouvons, et non pas seulement dans l’univers extérieur à nous. Elles marquent, à travers les difficultés qu’éprouve chaque être à se rendre les choses dociles, les difficultés plus profondes qu’il éprouve à se créer lui-même, ce qui veut dire à se trouver.

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