Dès que je commence à agir, ma vie est enfermée dans une situation : elle porte le poids de son passé ; mille forces commencent à l’entraîner ; elle est un mouvement dans lequel je me trouve pris et dont je ne sais pas si je le subis ou si je le produis. Mais la sincérité récuse toutes ces sollicitations qui me pressent, elle m’oblige à descendre jusqu’au cœur de moi-même. Elle est toujours un retour à la source. Elle fait de moi un être perpétuellement naissant.
Elle nous délivre de tout souci de l’opinion ou de l’effet. Elle nous ramène à l’origine de nous-même et nous découvre à nos propres yeux tels que nous sommes sorti des mains du créateur, dans le premier jet de la vie, avant que les apparences extérieures nous séduisent et que nous ayons inventé aucun artifice.
Elle nous montre tels que nous sommes, et non pas dans un portrait qui serait encore extérieur à nous-même. Elle n’a besoin ni d’assurance ni de serment. Elle est cette parfaite clarté du regard qui ne laisse place à aucune ombre entre vous et moi, ni à l’ombre d’un souvenir, ni à l’ombre d’un désir, cette parfaite droiture du vouloir qui ne laisse place entre nous à aucun détour, à aucun faux-fuyant, ni à aucune arrière-pensée.
Elle est enfin une parfaite noblesse intérieure. Car l’homme sincère demande à vivre sous le ciel libre. Il est le seul qui ait assez de fierté pour ne rien dissimuler de soi, pour ne rien attendre que de la vérité, pour ne pas se contenter de paraître, pour s’établir si étroitement dans l’être qu’il ne se distingue plus pour lui du paraître.