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Du bien lui-même il faut dire qu'il est un absolu au delà duquel il est impossible de remonter. Mais pour comprendre ce caractère, il importe de définir le bien non point comme l'objet de l'intellect, mais comme l'objet du vouloir. En fait il n'y a rien qui puisse être l'objet de l'intellect, sinon la représentation ou l'idée. Au lieu que le vouloir est être ; il est l'être même de l'intellect (ce qui permet de dire que l'intelligence n'a de portée ontologique que si, au lieu de considérer en elle la représentation ou l'idée, on considère l'opération même du vouloir qui, à la racine, se confond avec la sienne propre). Mais quand on examine le rapport de la volonté et du bien, on s'aperçoit vite que l'on se trouve en présence du cercle caractéristique de tous les termes premiers. Car on peut indifféremment dire du bien qu'il est l'objet du vouloir et du vouloir qu'il est la quête du bien. Or si le vouloir est considéré en tant qu'activité déficiente et qui s'exerce pour obtenir précisément ce qui lui manque, le bien n'est rien de plus que le vouloir comblé : aussi le vouloir ne peut-il passer au delà du bien. Ceci ne veut pas dire qu'au moment où nous le possédons, l'activité du vouloir s'interrompe, car elle s'exerce alors au contraire d'une manière plénière et sans connaître d'obstacle. Dès lors, le bien n'est plus la fin du vouloir, mais le vouloir même en exercice : telle est aussi l'essence même de l'être si nous le considérons dans le principe sans limitation qui demeure toujours présent derrière la limitation de chacun de ses modes. Le bien a donc à la fois un caractère d'intériorité et un caractère d'éternité, d'intériorité puisqu'il est le cœur même du vouloir, qu'aucun acte de participation ne parvient sans doute à exprimer, et d'éternité, puisque c'est lui que l'on retrouve toujours semblable à lui-même comme moteur des moindres démarches du vouloir. Il est donc ce qu'il y a d'intériorité dans chaque chose, ou plutôt la source où elle puise ce qui la fait être, mais qu'elle peut capter et détourner de son cours ; il est ce qui survit à tous les phénomènes transitoires, à toutes les actions périssables et leur donne une signification qui ne peut ni changer, ni se perdre. Et nul ne peut prétendre qu'il soit une dénomination générale commune à tous les biens particuliers. Car au contraire il est cela même que tous les biens particuliers cherchent à exprimer, dans certaines circonstances déterminées, sans jamais parvenir ni à l'égaler, ni à l'épuiser.