La différence et le rapport entre le bien et la valeur apparaît clairement lorsqu'on remarque que l'on parle presque toujours de l'idée du bien tandis qu'il faut dire le jugement de valeur. On dit l'idée du bien et non pas le concept du bien, car le bien ne peut pas être seulement une notion abstraite, tirée d'une comparaison entre les différentes espèces de bien. Il est par rapport à l'action bonne à la fois l'origine dont elle procède et la fin vers laquelle elle tend : il est aussi le critère qui permet de la juger. Or tels sont les caractères qui appartiennent en propre à l'idée. Ajoutons qu'aucun bien particulier et réalisé n'épuise la richesse infinie de l'idée du bien. C'est elle en même temps qui, par sa vertu dynamique, permet à chaque être d'assurer le développement intérieur par lequel il réalise sa propre essence. Elle est, dans l'être lui-même, le ferment vivant qui l'anime, qui l'oblige à se vouloir et à vouloir tous les êtres qui en participent. Mais si, dans l'absolu, l'être et le bien se confondent, ils se dissocient dès que la participation commence et pour qu'elle soit possible : ce qui permet à l'existence d'acquérir de la valeur à condition qu'elle prenne le bien pour fin. Aussi le bien n'est-il pour elle qu'une idée. Et c'est parce qu'il est au-dessus de l'existence que l'on s'est trouvé conduit soit à mettre le bien au-dessus de l'être, soit à identifier l'être avec l'idée elle-même. — Mais nous disons le jugement de valeur, ce qui est aisé à comprendre si le propre du jugement, c'est toujours de subsumer une forme quelconque de la réalité sous une idée. Or, puisque la valeur n'intervient qu'avec l'existence participée, reconnaître qu'une chose a de la valeur, c'est en réalité la subsumer sous l'idée du bien ; mais pour cela, il faut que nous ayons distingué la chose de la valeur de la chose, ce qui n'est possible que grâce à la participation, et exige le jugement comme l'opération même qui les met ensuite en relation l'une avec l'autre. Cela montre que le jugement de valeur n'énonce aucun caractère qui appartienne à la chose elle-même et ne la détermine, ni ne l'enrichit, car la valeur exprime dans la chose elle-même son intériorité, c'est-à-dire sa liaison secrète avec l'être en tant qu'il se veut lui-même comme bien ; ainsi la valeur d'une chose n'a de sens pour la conscience que dans la mesure où celle-ci s'y intéresse par un acte de volonté et non pas simplement par un acte de connaissance. Le bien est au delà de tous les jugements de valeur, mais il en est le principe. En revanche tous les jugements de valeur expriment une relation qui suppose toujours une comparaison et même une double comparaison, d'une part des valeurs entre elles et d'autre part de chacune d'elles avec le bien d'où elles procèdent toutes.