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Pour que cette formule puisse nous paraître vraie, il faut que nous considérions l'être et le bien en eux-mêmes indépendamment de leurs modes, ou bien il faut considérer dans ces modes non pas ce qui les limite et les sépare (et qui ne nous montre que leur déficience), mais le principe même qui les fait être et qui les rend tous solidaires. Autrement ils s'écartent de l'être pour devenir des objets dans une expérience où chacun figure un obstacle auquel la volonté ne cesse de se heurter. Seulement il est impossible que la réflexion s'applique à aucun objet sans mettre en lumière son rapport avec le tout de l'être, c'est-à-dire sans découvrir son être propre. Mais celui-ci n'a de signification pour nous que par son rapport avec l'acte même d'où il procède, acte qui ne peut être retrouvé que par une volonté qui appliquerait à la chose elle-même son intention la plus désintéressée et la plus pure. Cette analyse justifie les observations que nous avons faites dans la première partie en montrant que si l'être est cause de soi, il y a en lui identité de l'être et de la raison d'être ou encore il est sa propre raison d'être, ce qui pourrait être entendu dans un sens proprement intellectuel s'il s'agissait d'un être représentatif, mais ce qui doit l'être dans un sens pratique, puisqu'il s'agit non pas seulement d'un être qui se pense, mais d'un être qui se donne l'être à lui-même. Or le bien est précisément le nom que nous donnons à cette raison d'être qui justifie non pas un être déjà donné, mais cet être qui se donne l'être, qui se veut être, ou qui fait sa propre fin de l'acte d'être qui est son être propre. Le bien devient ainsi la clé du problème ontologique, la puissance souveraine qui permet à l'être d'être cause de soi et, si l'on veut, l'efficience secrète qui, avant de proposer aucun terme à l'acte créateur, le rend d'abord créateur de soi par soi. Bien plus, cette formule en apparence contradictoire qui rend l'être à la fois cause et effet de lui-même et qui ne présente un sens que par une transposition du langage du temps à un acte qui est lui-même indépendant du temps, trouve une sorte de justification dans ce caractère du bien dont nous pouvons dire qu'il est tout à la fois la cause de l'acte et qu'il en est l'effet ; et ce cercle montre assez clairement que le bien ne peut pas être distingué de l'acte lui-même, — c'est-à-dire de l'être — et qu'il est le principe même qui l'intériorise, c'est-à-dire qui le fait être.