Cette analyse trouverait une justification dans l'opposition que Kant a établie entre les deux aspects de la raison et dont on peut penser qu'au lieu d'abolir la possibilité de l'ontologie, elle la fonde. Car c'est sur le terrain de l'entendement seulement que l'être se présente à nous sous une forme purement phénoménale et que toutes les entreprises de la raison pour appréhender un objet transphénoménal sont elles-mêmes vouées à l'échec. L'être ne se présente donc jamais à nous sous la forme contradictoire d'une chose en soi. Ce n'est pas dire seulement qu'il est une chose inconnue ou inconnaissable, mais c'est dire avant tout qu'il n'est pas et ne peut pas être une chose. Que peut-il être par conséquent, s'il est véritablement un « en soi » qui n'est pas une chose, sinon un acte qui se produit lui-même, qui ne peut être le phénomène de rien et derrière lequel il n'y a rien. Or cet acte, nous en avons l'expérience, c'est l'acte d'une volonté : et dire que cet acte ne peut trouver qu'en lui-même un principe qui le détermine, c'est dire qu'il est à lui-même sa propre raison d'être ou qu'il est une raison agissante, c'est-à-dire une raison pratique. Nul ne peut remonter au delà. Nous sommes arrivé à un point où le pratique nous apparaît comme plus profond que le théorique, où c'est lui qui nous introduit dans l'être que le théorique phénoménalisait. La question est de savoir si toute énonciation ontologique n'impliquait pas, au cœur de cet acte même avec lequel l'être se confond dès que l'on n'accepte plus de le réduire au phénomène, une référence éthique ou axiologique sans laquelle il semble impossible de le concevoir. Aussi bien les deux Raisons ne peuvent-elles être distinguées que dans leur usage abstrait ; en droit, elles n'en font qu'une, qui se limite elle-même dès qu'elle s'applique à une donnée qui lui vient du dehors, c'est-à-dire qu'elle est incapable de créer.