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En définissant l'être comme la parfaite indépendance et la parfaite suffisance, comme ce qui est en soi ou ce qui est soi, nous impliquions que l'être est l'intériorité absolue hors de laquelle il n'y a rien. Dès lors, il faut dire non pas seulement que rien ne lui est extérieur ou que tout lui est intérieur (ce qui évoque encore des métaphores empruntées à l'espace), mais encore qu'il n'y a rien en lui qui puisse être dit extérieur à lui-même ou à une partie de lui-même (ce qui n'est possible que s'il est identifié avec l'acte pur) ou encore qu'il est l'intimité de toutes choses. C'est l'acte même par lequel elle se fait qui est, si l'on peut dire, l'être de chaque chose. Il n'y a donc rien qui ne participe à l'être non seulement par cette intériorité même de l'être dans laquelle il pénètre, mais par l'intériorité même qui lui est propre. — Au contraire nous dirons de l'existence qu'elle suppose une intériorité divisée. Car, d'une part, elle surgit au sein de l'être lui-même et fait de l'intériorité de l'être sa propre intériorité sans lui être adéquate cependant, du moins autrement qu'en puissance, et non point en acte. Dès lors, on peut bien dire que cet être qui la déborde lui est en quelque manière extérieur. Mais comment pourrait-il acquérir ainsi un caractère d'extériorité même relative, puisqu'il est l'intériorité absolue ? Il semblerait donc plus légitime de dire que c'est l'existence qui est extérieure par rapport à l'être. Mais comment serait-elle extérieure elle-même puisqu'elle est une participation à son intériorité ? Il n'y a pas d'autre recours que de considérer l'être même en tant qu'il la dépasse comme recevant par là la forme d'une donnée qui l'affecte, et à l'intérieur de laquelle elle doit trouver elle-même une expression pour marquer à la fois ses limites dans le tout de l'être et pourtant sa solidarité avec lui. C'est cela précisément que nous nommons la réalité. — Mais si l'existence est pour ainsi dire une médiation entre l'intériorité et l'extériorité, la réalité est une extériorité pure, une extériorité sans intériorité. Ainsi elle doit toujours se présenter à nous sous la forme d'une donnée ou d'un spectacle : il n'y a rien en elle qui soit proprement intérieur, ni par quoi elle se donne l'être à elle-même. Elle demeure pourtant doublement en rapport avec l'intériorité à laquelle il faut qu'elle s'oppose pour être elle-même une extériorité, avec l'intériorité de l'existence, puisqu'elle n'est rien que par elle et par rapport à elle et avec l'intériorité même de l'être, puisque c'est ce qui, dans l'intériorité de l'être, dépasse l'intériorité de l'existence qui se présente toujours pour celle-ci sous la forme de l'extériorité.