Enfin, on n'oubliera jamais que le propre de la réalité c'est d'être toujours en acte et toujours actuelle : toujours en acte, parce qu'il n'y a rien en elle qui puisse demeurer à l'état de puissance pure comme dans l'existence, si du moins on considère celle-ci en elle-même, dans la disposition que l'on en a et indépendamment de son emploi, — et toujours actuelle, parce qu'elle ne peut être distinguée de l'univers lui-même en tant qu'il nous est donné, c'est-à-dire présent. Dès lors, l'avenir et le passé sont pour nous également irréels, l'avenir parce qu'il est, dans l'être même, ce que l'existence y discerne par avance pour le faire sien, — le passé, parce qu'il est, non plus le réel, mais le réalisé et qui ne subsiste plus que dans l'existence qui le porte en elle et l'évoque comme son propre secret. De cette réalité qui est toujours en acte et toujours actuelle, qui, non seulement nous met en face de l'univers, mais nous donne en lui une place par le moyen du corps, on peut dire qu'elle a comme caractère distinctif l'efficacité (la réalité et l'efficacité sont désignées à la fois par le même terme de Wirklichkeit). Est réel tout ce qui exerce sur autre chose une action qu'il est capable aussi d'en recevoir ou, d'une manière plus immédiate, et qui nous rapproche davantage de nous-même, tout ce qui peut agir sur notre corps ou subir son action à son tour. Alors que, par opposition, si l'être est un acte, c'est un acte qui est tout intérieur à lui-même et que, si l'existence le transforme en possibilité, c'est à elle encore qu'il appartient d'actualiser cette possibilité, qui ne saurait l'être autrement.