On comprend maintenant qu'il n'y a rien qui puisse posséder une existence si cette existence n'est pas corrélative d'une réalité qui est l'effet de son activité en exercice et qui peut bien en être dite la manifestation, à condition d'entendre par là l'apparence qu'elle fait surgir dans cela même qui la dépasse et où elle trace pour ainsi dire la configuration à la fois de son opération et de ses limites. Je ne puis réifier ni l'être ni l'existence, mais la réalité est la seule forme sous laquelle l'être peut apparaître à l'existence, dans l'intervalle qui l'en sépare. Et bien que la réalité ne puisse donc jamais être pour nous rien de plus qu'une apparence, on dira qu'elle s'oppose à la fois à l'illusoire, qui est l'apparence encore, mais en tant qu'elle me déçoit, qu'elle demeure irrémédiablement subjective et qu'elle isole les êtres au lieu de les unir, — au possible, qui est l'existence en tant que je ne l'ai point encore assumée et qu'elle n'a point encore obtenu de réponse de l'univers auquel elle demeure pour ainsi dire étrangère, — à l'idéal enfin, qui est l'être, mais en tant que la réalité, quelles que soient son abondance et sa richesse, ne parvient jamais à le représenter ni à l'épuiser.