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Ces observations permettent d'établir une sorte de renversement dans les rapports entre l'essence et l'existence selon qu'il s'agit du moi ou des choses. Car le propre des choses, c'est d'être pour nous des « existences » déjà réalisées, c'est-à-dire des réalités. Il semble donc qu'elles supposent leur essence, qui doit être à l'égard de chaque chose, telle qu'elle est donnée hic et nunc, le fondement de son existence. Au contraire, quand il s'agit de nous-même, l'existence telle qu'elle nous est donnée n'est point une existence déjà déterminée, c'est si l'on veut, l'existence de notre propre possibilité et même l'existence d'une ambiguïté entre des possibilités dont le choix en quelque sorte nous appartient. Telle est la raison pour laquelle il y a une connaissance des choses, et qu'il n'y a pas, au moins dans le même sens, de connaissance du moi. Car le moi n'est rien de plus que le pouvoir de se faire. Mais alors son existence devance son essence : elle est le pouvoir même de la produire. — Nous nous trouvons ici en présence d'une difficulté essentielle de la réflexion philosophique, inhérente déjà à la théorie des idées dans le platonisme, et qui réside dans cette dénomination commune que nous donnons aux idées des choses matérielles et aux idées des choses morales. Car les idées des choses matérielles ne sont rien de plus que des concepts qui permettent de les penser, bien que l'on soit incliné à en faire des essences préalables auxquelles les choses devraient se conformer pour être. Or n'en est-il pas ainsi du moins des idées des choses morales que notre activité prend comme modèles afin de les faire entrer dans l'existence ? Mais nous avons montré que ce ne sont que des possibilités jusqu'à ce que le sujet en les actualisant les convertisse en sa propre essence. Ainsi dans le moi, l'existence est la condition qui lui permet d'acquérir une essence, tandis que, dans les choses, l'existence ne paraît réaliser une essence préalable que parce que l'existence est saisie seulement sous une forme réalisée et non pas comme un acte qui se réalise.