J'ai toujours affaire à des êtres sensibles que je risque toujours de blesser et que j'ai pour devoir de ménager. Car dans les rapports sensibles il y a une sorte d'image et d'effet des rapports spirituels auxquels le corps lui-même participe. Mais les volontés se heurtent toujours : elles cherchent toujours tantôt à se contraindre et tantôt à se séduire. Elles mettent la sensibilité à leur service au lieu de lui laisser son caractère désintéressé et son libre jeu. Mais il faut que le spirituel et le sensible, au lieu de s'exclure, ne cessent de se soutenir.
Nous ne commençons à avoir des relations réelles avec les autres hommes, ces relations n'acquièrent un caractère d'intimité véritable que lorsque nous sentons que c'est le même Dieu que nous adorons intérieurement. Toutes les autres relations n'ont lieu qu'entre les corps. Ainsi dans la société antique les étrangers étaient admis au commerce matériel et vénal avant de l'être au commerce religieux et spirituel. Et peut-être faut-il dire qu'il en est encore ainsi parmi nous.
Il n'est pas nécessaire de poursuivre la communion humaine comme un but. Car c'est supposer que les hommes sont séparés et cherchent à vaincre leur séparation. Mais alors il arrive qu'ils la soulignent. Il suffit qu'ils se découvrent eux-mêmes comme des êtres spirituels. Alors la communion humaine est réalisée sans qu'ils l'aient cherchée, sans qu'ils l'aient voulue, et comme si chacun n'avait jamais pensé qu'à lui-même.
Quand nous avons donné à un autre homme l'accès du monde spirituel, nous lui avons tout donné. Nous ne pouvons plus rien pour lui.