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C'est le propre de l'amour physique de montrer que notre corps est incapable de se suffire et de chercher dans un autre corps cette unité même qui lui manque. Mais il ne peut y parvenir sans engendrer un nouveau corps qui montrera bientôt et la même ambition et la même impuissance. Ainsi, naît une chaîne qui ne finit pas, qui ne se referme jamais. Il en est tout autrement de l'amour spirituel qui engendre l'âme même de ceux qui s'aiment dans cette admirable réciprocité où chacun d'eux est à la fois aimant et aimé et dont l'amour physique n'est qu'une imitation dérisoire : ici l'union ressemble à un combat qui ne laisse en présence que deux vaincus. Mais de l'amour spirituel il faut dire non seulement que je le reçois à la fois et que je le donne mais encore que je le reçois dans l'acte même par lequel je le donne. L'union de deux êtres ne se fait plus dans l'enfant qui vient après eux et qui se détache d'eux ; elle se fait en eux et au-dessus d'eux, à savoir en Dieu qui est si on peut dire l'unité même de leur union. La vie des êtres dont je vois seulement le corps est toujours pour moi un singulier secret. Et la société qu'ils forment avec nous est faite d'incidences presque fortuites mais qui laissent derrière elles une immense zone d'ombre. L'amour est l'abolition de cette zone.

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