« Si je regarde les étoiles, dit le psaume, qu'est-ce que l'homme ? Pourtant, ô Éternel, tu l'as fait de peu inférieur à Dieu », c'est-à-dire infiniment supérieur aux étoiles, ce que Pascal exprime admirablement en disant que l'univers le comprend et l'engloutit comme un point, mais que cet avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. C'est donc que toute sa dignité consiste dans la pensée par laquelle il comprend à son tour l'univers et qui fait de lui un esprit comme Dieu.
Mais cela ne suffit pas encore : car Dieu a fait de l'homme le seul être au monde qui soit libre comme lui, qui puisse toujours devenir le premier commencement de lui-même, qui ne soit pas tout entier capté par l'impulsion de la nature ou par les sollicitations de l'événement, le seul être au monde qui soit à la fois dans le monde et au-dessus du monde.
L'homme est le dieu de ce monde spirituel dans lequel il vit et qui n'existe qu'en lui et par rapport à lui. Ce n'est donc pas assez de dire que le pouvoir qu'il possède est comparable à celui d'un roi dans son royaume, car le roi n'exerce son pouvoir que sur les choses, au lieu que la royauté de l'homme est une royauté tout intérieure, qui le rend maître de lui-même et de toutes ses pensées. Le roi comme roi ne dispose jamais que de ce qu'il peut voir, c'est-à-dire de l'apparence, mais comme homme il dispose de ce qu'il est, que personne ne voit, et qui est le seul royaume où chacun soit appelé à vivre, même le roi. Enfin, tandis que le roi entend conformer l'ordre des choses à sa volonté propre qui est toujours misérable et le rend esclave de lui-même, l'homme, quand il est sage, conforme sa volonté à un ordre dont il fait partie et qui, en le dépassant, le délivre de ses limites.