Il est difficile de ramener à l'unité tous les traits caractéristiques de l'esprit franciscain. Et pourtant ce qui nous frappe d'abord en lui, c'est cette parfaite simplicité que ni l'amour-propre, ni la réflexion, ni l'effort ne viennent jamais diviser, c'est une alliance de la pureté et de l'ardeur, une spontanéité naturelle que la grâce prolonge et illumine. L'âme de saint François était si unifiée en Dieu que tous les conflits qui déchirent la conscience commune étaient en lui apaisés. Tout ce qui pour la plupart des hommes est une résistance qu'il faut vaincre, mais par une victoire qui les épuise, subissait une sorte de transmutation dès que son regard s'y appliquait ; il le changeait en une force qui paraissait lui être prêtée pour accroître encore son union avec Dieu et faire naître en lui de nouvelles actions de grâces. « Tel est le bien auquel j'aspire, dit-il, que toute peine m'est plaisir. »
Certes, ce n'est point du premier coup qu'il avait pu obtenir ce dépouillement intérieur qui, en lui ôtant pour ainsi dire la faculté de préférer, l'obligeait à accepter, à pénétrer et à aimer tout ce qui lui était apporté dans un monde où il n'y a rien qui ne manifeste la volonté de Dieu et ne soit le signe de sa présence. Vous vous rappelez la parole du Testament : « Quand j'étais dans les péchés, il m'était très amer de voir les lépreux. Or, le Seigneur lui-même me conduisit au milieu d'eux et je leur fis miséricorde. Et quand je les quittai, ce qui me paraissait amer devint pour moi plein de douceur spirituelle et physique. »
Ce qui nous étonne toujours dans saint François, c'est combien ses sentiments sont humains ; il est toujours très proche de notre faiblesse : il ne condamne rien, il ne maudit rien, mais il cède d'abord avec vivacité aux mouvements les plus spontanés, à toutes les répugnances de la chair et du cœur qui peu à peu se fondent en tendresse et deviennent une vivante participation à nos infirmités les plus secrètes. Il nous a donné une solution du problème du mal, non point qu'il ait nié le mal, comme pourrait le faire cet optimisme de l'innocence qu'on lui prête parfois, non point qu'il l'ait combattu comme saint Georges le dragon, mais il avait assez d'amour pour l'épouser intérieurement afin de l'infléchir et de le ramener vers la source même où toute vie s'alimente, comme il l'avait fait pour la férocité du loup de Gubbio.