On ne saurait admettre non plus que l'action nous enchaîne à nos besognes temporelles et nous fasse oublier l'éternité. C'est le contraire qui est vrai. L'acte ne poursuit pas une fin éloignée, mais seulement sa propre perfection dans le moment même où il s'accomplit. Or il n'y a que les événements qui fuient sans cesse dans le temps : mais l'acte nous donne accès dans l'éternité, s'il est vrai qu'il n'y a que l'amour qui soit agissant. La matière de l'acte est elle-même indifférente : « Que chacun, dit le chapitre VII de la règle, reste dans la profession et dans le métier où il était quand il fut appelé. » L'acte ne peut s'exercer que dans le présent : et il est lui-même un acte de présence à l'égard de ce que Dieu nous demande.
En lui, le temps et l'éternité se trouvent réconciliés. Et l'on admire d'entendre recommander par le saint, avec un sentiment si vif de la réalité psychologique, non seulement une exacte adaptation de l'attention et de la volonté aux circonstances dans lesquelles nous sommes placés, mais encore cette rapidité dans tous les mouvements de l'esprit et du corps, cette sancta velocitas qui nous permet de ne jamais être en retard ou en avance sur ce qui nous est demandé, de ne jamais laisser s'introduire en nous un répit où l'amour-propre puisse s'insinuer, et d'être toujours de pair avec les exigences qui nous sont apportées. Si nous suivons fidèlement le cours du temps sans vouloir le retenir pour en disposer à notre profit par le désir ou par le rêve, nous accompagnerons, dans l'éternité même de Dieu, le regard qu'il jette sur notre vie temporelle en nous montrant qu'il ne cesse de l'éclairer et de la soutenir.