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skepvox

Ce n’est que par un artifice verbal qu’il est possible d’employer l’expression « pensée de la pensée » et de s’engager ensuite dans une régression in infinitum : car la pensée ne peut devenir un objet pour elle-même.

En réalité, quand nous employons cette expression « pensée de la pensée », nous convertissons la pensée en objet, et nous imaginons qu’elle peut se connaître elle-même à la manière dont elle connaît un objet différent d’elle. Alors, de la pensée qui le pense, on peut dire qu’elle peut être l’objet d’une nouvelle pensée, etc. Mais ce n’est là qu’un artifice. Car convertir en objet la pensée, c’est la chosifier, c’est la ruiner comme pensée. Si par conséquent il faut, sous peine de s’anéantir, qu’au moment où elle semble se redoubler pour se saisir, la pensée subsiste encore comme acte aussi bien dans l’aspect par lequel elle est connaissante que dans l’aspect par lequel elle est connue, c’est seulement le signe que cet acte est à lui-même sa propre lumière. Alors se révèle à nous le caractère le plus original de la conscience, qui est d’être une opération par laquelle le moi se crée lui-même, sans qu’il soit possible de distinguer ici entre la cause et l’effet, entre l’appréhension et ce qu’elle appréhende. Dans la connaissance, la dualité de l’objet et du sujet est la condition même de leur unité, dans la conscience, c’est l’unité qui se redouble sans se changer jamais en dualité. Tel est le véritable sens du verbe réfléchi qui est seul à pouvoir exprimer l’acte primitif de la pensée et qui seul permet à cet acte d’être un acte de pensée. Car, autrement, cet acte serait un acte sans conscience, et comment la conscience naîtrait-elle de la présence de l’objet dont je ne puis avoir connaissance que parce que l’acte même qui le produit porte en lui cette conscience qui est toujours conscience de soi, et sans laquelle la connaissance même resterait étrangère à la conscience ? Il faut donc maintenir une identité absolue entre la pensée qui se pense et la pensée qu’elle pense. Une pensée qui ne se penserait pas ne serait pas une pensée : mais elle ne se pense pas comme objet, bien qu’elle pense toujours un objet. L’expression « pensée de la pensée » prouve que l’on ne peut pas remonter au-delà de la pensée, qui est le premier commencement d’elle-même, comme elle est le premier commencement de toutes choses ; la pensée de la pensée, c’est moins encore la conscience de la pensée que la pensée considérée dans son acte générateur.

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