Quant à l'idéal, il n'est rien de plus que la conscience que nous prenons à chaque instant de l'insuffisance du réalisé. Dès lors, il est pour ainsi dire le rappel nostalgique, au sein même de la participation, de la perfection du bien qui la dépasse toujours. C'est pour cela qu'il peut se présenter sous deux formes, comme une fuite hors du réel par l'imagination qui implique aussi une condamnation radicale du réel, ou comme une exigence à l'égard du réel lui-même de poursuivre indéfiniment son propre mouvement dans le temps afin de chercher à obtenir une coïncidence impossible entre le réel et le bien. Mais si cette coïncidence est impossible, il n'est pas vain pourtant de chercher à l'obtenir. Car le réel n'est pas une fin, mais le moyen momentané et toujours disparaissant dès qu'il a servi, qui nous permet d'acquérir une existence spirituelle, c'est-à-dire une existence que, dans la suite des circonstances où elle se trouve placée, le bien ne cesse d'animer. Aussi faut-il dire de l'idéal, par opposition au réel, qu'il est lui-même intemporel et que, dans la mesure même où il nous oblige à traverser le réel pour le spiritualiser, il nous donne à nous-même accès dans l'intemporel.