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Une telle analyse nous permet de comprendre le privilège ontologique de la volonté : quelle que soit sa limitation ou sa faiblesse, elle nous oblige à saisir notre être propre dans l'opération même qui le produit, tout ce qui vient d'ailleurs, même de la nature, étant à son égard étranger et jusqu'à un certain point contraignant. Car, bien que les conditions de possibilité de l'acte de volonté doivent être réalisées pour qu'il puisse entrer en jeu, il est évident que, dans le moment même où il s'accomplit, il est un premier commencement et n'a point d'autre être que celui qu'il se donne à lui-même : ainsi c'est la volonté à l'état pur qui nous permet de saisir l'être dans l'acte qui le fait nôtre. Or, s'il est impossible sans doute de dépouiller cet acte de toutes les circonstances qui l'accompagnent, de tous les obstacles qui le retardent, de tous les effets qu'il laisse après lui, pourtant cet acte lui-même est indépendant de ces circonstances, de ces obstacles et de ces effets ; il est d'une autre nature. Il ne veut aucun objet ni aucune fin, bien que tout objet soit pour lui un point d'application et toute fin apparente un moyen et un instrument. Il ne peut rien vouloir de plus que lui-même. Mais réciproquement on ne saurait concevoir aucun acte qui ne soit à son tour un vouloir qui se veut. Or il n'y a pas de différence entre dire de ce vouloir qu'il se veut et dire qu'il affirme sa propre valeur et pose en lui-même l'identité de l'être et du bien. Cette identification va nous conduire nécessairement à définir l'essence d'une volonté pure, c'est-à-dire d'une volonté qui ne se laisse déterminer c'est-à-dire séduire par aucune cause étrangère. Nous rencontrons ici la source indivisée de l'ontologique et de l'axiologique qui ne s'opposeront l'un à l'autre que dans une volonté imparfaite où l'ontologique viendra se dégrader dans le réel et l'axiologique dans l'idéal.