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Nous ne pouvons en effet dans aucun cas négliger que toute affirmation est notre affirmation, et suppose indivisiblement une affirmation de nous-même et de tout l'affirmable. Est-ce dire que nous soyons ainsi ramené à cette corrélation du sujet et de l'objet et à cette prééminence du sujet sur l'objet d'où l'idéalisme est sorti ? Mais ce n'est là qu'une apparence. Car l'affirmant et l'affirmé sont compris l'un et l'autre dans le tout de l'affirmation. Il est vrai sans doute que le tout de l'affirmation ne peut être défini que comme un affirmant dont l'acte d'affirmation ne recevrait aucune limitation, et coïnciderait avec tout l'affirmable. C'est dire qu'ici la distinction s'efface entre l'affirmé et l'affirmant. Mais c'est dire aussi qu'il y a une expérience ontologique qui est non pas l'expérience de l'opposition d'un sujet et d'un objet, mais l'expérience de l'inscription dans un être auquel je participe d'une existence qui est la mienne, mais qui est débordée elle-même par une réalité avec laquelle je suis en rapport et qui remplit tout l'intervalle entre cet être et cette existence. En un sens, il faut dire qu'il n'y a que de l'être pour qui considère seulement la source commune de l'existence et de la réalité ; qu'il n'y a que de l'existence pour qui, dans l'être, considère seulement l'acte par lequel il se fait lui-même être ; qu'il n'y a que de la réalité pour qui considère l'être tout entier comme un être donné. Mais cette analyse nous découvre pour ainsi dire la vie profonde de l'être qui ne serait sans doute qu'une abstraction pure s'il ne surgissait pas une existence qui fait apparaître autour d'elle la réalité comme son horizon. C'est donc le moi qui, au moment où il se découvre lui-même comme engagé dans l'être du tout et introduisant une distinction entre l'être qui est lui et l'être qui n'est pas lui, mais n'a de sens que pour lui, permet de fonder la dualité de l'existence et de la réalité. Et, comme on le voit dans le chapitre VII de notre livre de l'Être, c'est aussi le moi qui nous découvre à la fois l'unité de l'être, dont il faut dire qu'il exprime une potentialité, et son infinité, dont il faut dire qu'il la fait éclater dans une multiplicité de modes qu'il ne cesse d'actualiser.