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On peut douter que Dieu ait créé le monde matériel car on ne sait pas si ce monde est digne de lui. Platon avait réservé un tel office au démiurge. Mais on ne peut douter qu'il ait créé le monde des esprits et même que ce soit lui qui suscite et ranime à tout instant en chacun de nous notre vie spirituelle. Là est l'unique action de Dieu, son essence sur laquelle tous les hommes, les athées et les croyants devraient se mettre facilement d'accord. Mais en cela nous sommes faits nous-mêmes à l'image de Dieu. Notre action matérielle est incertaine et inefficace. Elle est l'effet d'un ordre dans lequel nous sommes pris, mais dont nous ne sommes pas l'auteur. Et nous n'agissons vraiment que lorsque nous nous éveillons nous-même, que lorsque nous éveillons d'autres êtres à la vie de l'esprit. C'est en créant d'autres âmes que nous créons notre âme. Là nous sommes les imitateurs et les coopérateurs de cet acte suprême de la création par laquelle Dieu appelle tous les êtres à l'existence en leur permettant de participer à l'opération par laquelle il se crée lui-même éternellement.

Ce n'est rien d'aider les hommes matériellement, il faut les aider spirituellement. Mais la première chose est plus facile que l'autre, bien que l'on puisse ironiser là-dessus. Toute aide matérielle doit être un moyen au service d'une aide spirituelle et ne doit pas en être dissociée. Inversement de cette aide spirituelle elle-même, il faut toujours que la matière soit l'expression. C'est que l'homme est indivisible. Il faut toujours le considérer tout entier. Mais il y a en lui une hiérarchie de fonctions et les tâches paraissent inégalement réparties : dans aucun cas pourtant elles ne peuvent être séparées.

Nous ne pouvons pas avoir d'autre attitude à l'égard d'autrui que de l'aider à se réaliser, c'est-à-dire à réaliser en lui cette vie de l'esprit que nous réalisons aussi en nous par cette entremise. Le propre des biens spirituels, ce n'est pas seulement qu'ils doivent toujours être prêts à être reçus ou à être donnés, mais qu'ils résident dans l'acte même qui les reçoit ou qui les donne. Ils ne permettent ni qu'on les garde ni qu'on en jouisse dans la solitude.

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