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La présence fonde toutes les différences plutôt qu'elle ne les contient

En définissant l'être par la pure présence on s'expose au reproche de lui refuser toute détermination particulière : mais toute détermination est abstraite et ne se réalise qu'en s'inscrivant, au milieu de toutes les autres, à l'intérieur d'une présence identique. Par suite, en paraissant vider la notion de la présence de tout contenu, au lieu de n'en faire la présence de rien, on en fait au contraire la présence de tout. Car le tout ne peut pas être distingué de la présence elle-même, comme en peuvent être distingués les termes particuliers. Le tout est la présence toute pure : il ne s'ajoute pas à celle-ci ; elle ne s'ajoute pas à lui ; il suffit que la présence soit donnée pour que l'être soit donné aussi tout entier dans la simplicité parfaite de sa position comme dans la richesse infinie de ses déterminations possibles. Mais il faut s'assujettir fermement dans cette présence pour en voir sortir par analyse toutes les formes du réel. Si l'on croit pouvoir alléguer contre la valeur objective de la simple idée de la présence l'impossibilité de la séparer de quelque terme défini, c'est parce qu'elle donne l'existence à tous les termes définis. Ainsi il faut justement qu'elle donne l'illusion de n'être d'abord la présence de rien, afin de pouvoir devenir la présence de tout lorsque les opérations particulières de la connaissance auront commencé de s'exercer. Comment deviendrait-elle en effet la présence de tout si originairement il fallait la borner en déterminant la nature de l'être auquel elle convient ? On s'attachera donc à maintenir le caractère vide de la présence afin de ne pas confondre l'être avec une chose, mais de pouvoir expliquer par lui comment toutes les choses deviennent en effet des choses.

On comprendra aussi pourquoi on ne voit pas l'existence, mais seulement ses aspects. L'erreur commune à la plupart des théories de l'être provient précisément de ce qu'on veut réaliser l'être dans un objet distinct de tous les objets particuliers et qui serait manifestement dépourvu lui-même de toute réalité. Mais nous avons essayé de montrer que l'être est le caractère identique qui fait qu'il existe des objets. Et si ce caractère est aussi l'acte par lequel ils se trouvent posés, on comprend qu'il n'y aura de visible que l'aspect varié que pourra revêtir cet acte pour des êtres limités qui, soutenant avec lui une multiplicité de rapports, ne coïncident jamais avec lui. Et il est pourtant remarquable que chaque être individuel, précisément parce que, participant toujours à l'être, il demeure toujours en contact avec lui de la même manière, ne laisse jamais entamer sa foi dans la simplicité parfaite de cette notion, au moment où il en perçoit dans l'expérience les manifestations les plus hétérogènes.

Nous dirons donc que la présence du tout est antérieure à la distinction du sujet et de l'objet, mais qu'elle les comprend en elle, ou plutôt qu'elle leur permet de naître en les opposant et en les accordant. Cependant il faut pour cela que l'on considère le tout comme vide de tous les caractères particuliers qu'y découvre une analyse toujours inachevée. Il faut que ceux-ci ne soient point en lui sous une forme séparée afin de permettre à tous les individus, en les discernant, de constituer en lui leur propre nature. Ainsi, le tout est la racine d'où jaillissent toutes les qualités comme une gerbe infinie, à l'intérieur de laquelle chaque être fini assure son propre développement autonome en isolant certaines d'entre elles avec lesquelles il s'identifie.

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